12.03.2008
LE CHAMEAU ET LE BEDOUIN

(Peinture Yvette Peck)
Le bédouin s’impatiente : Avance, chameau !
Avance, ou je ne donne pas cher de ta peau,
S’acharnant sur la pauvre bête à deux bosses.
- Je refuse que plus longtemps tu ne me rosses !
Si je suis si fatigué, au flanc de cette dune,
A profiter de ce magnifique clair de lune,
C’est que je t’ai fait traverser le désert.
Tu le verrais, si tu avais un œil ouvert
Au lieu de t’époumoner les paupières closes,
Ta fureur se nourrit de si peu de choses.
Le paysan fait bien confiance à son cheval
Qui le ramène chez lui à travers le val !
Vraiment, je préfèrerais que tu sois ivre mort
Mais tu dépenses cette énergie à avoir tort.
Va maintenant te prélasser sous un palmier
Et conte tes histoires de grand aventurier.
L’homme se glorifie aux dépens d’autrui,
La dure besogne, il ne la veut pas pour lui.
Mais pour ceux qui sont réduits en esclavage,
Il n’existe pas d’oasis fait à leur image.
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12.02.2008
Le lion n'est plus le roi des animaux
Fabliaux, Tome I (Editions Le Manuscrit)


Un lion dans la cage d’un zoo fait les cent pas
Mais ce n’est pas parce qu’il attend son repas.
Il se languit de la jungle lointaine où jadis il règnait.
Vivant de sa chasse, sans soucis il prospèrait.
Quand soudain, il entend , venant d’il ne sait où
Ces paroles qui provoquent son courroux :
“Pauvre créature, tu souffres de tous les maux,
Mais surtout de n’ être plus le Roi des Animaux !”
Le lion piqué à vif s’enquièrt : - “Qui ose me parler ainsi ?
Ne me crains-tu pas ? je peux te croquer à merci !”
“Bel ami, il faudrait d’abord que tu puisses me voir
Et cela ne dépend que de mon bon vouloir.
Dorénavant ta puissance légendaire est inutile
Et tes menaces, à vrai dire, me semblent bien futiles.
De nos jours, hélas, il ne suffit plus d’être grand et fort,
Bien trop longtemps à ces vertus on a cru à tort.
Les dinosaures n’illustrent-ils pas ma théorie ? Et enfin
Tant d’espèces subissent le même triste destin.
Les lois de l’évolution sont cruelles et valent en vérité
Dans la nature comme dans l’humaine société.
Moi, je m’adapte en un clin d’oeil et je peux vivre en solo
Dans la brousse ou dans les Jardins du Trocadéro.
En toute modestie, je suis le roi du camouflage.
Vraiment, qui peut nier comme j’excelle à mon ouvrage ?
Il faut dire que je le peaufine jusqu’à la perfection,
Je ne suis pas peu fier d’être un caméléon.
Et ma foi tant pis si l’on me trouve lâche et hypocrite.
Vaut-il mieux mourir d’un sort injuste ou survivre sans mérite ?”
(illustration d'Olivier Pinchon)
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