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25.03.2008
L'AIGLE ET LE COQ
Un aigle et un coq se mirent d’accord pour changer de vie,
Ils n’avaient plus de goût, c’était la crise existentielle.
Le roi de la basse cour céda donc son droit à la polygamie
Et s’en alla vivre aux hauteurs de la neige éternelle.
L’aigle, quant à lui, las de sa solitude bien légendaire
Fut fort aise d’avoir pour lui tout seul un harem à plumes.
D’abord timide, il fut prompt à se sentir propriétaire
Mais les responsabilités sont lourdes comme des enclumes.
Puis il perdit des forces à ne se nourrir que de graines :
- Dans quel bourbier me suis-je donc délibérément mis ?
Mes réclamations resteront, je le crains, à jamais vaines,
Bien sûr c’était un leurre, crime d’envergure j’ai commis.
Comment ai-je pu ne pas voir plus loin que mon bec ?
Pourquoi ai-je donc voulu chercher une nouvelle voie ?
Et mon cœur saigne bien que mon œil doive rester sec,
C’est donc moi le rapace qui à l’ennui suis la proie.
Le coq savoura d’abord les délices connus de l’isolement,
Il pensa qu’il allait tout oublier de sa vie antérieure,
(C’est bien toujours à soi-même que sans pitié l’on ment !)
Mais l’aube sans personne à réveiller n’eut plus de saveur.
- Je n’aurais pas imaginé que vous me manqueriez,
ô mes poulettes, je dois l’avouer, j’ai été bien sot,
Je voudrais que cette désinvolture, vite vous pardonniez
Et si vide, j’entends gargouiller mon pauvre jabot !
D’envier la vie des autres, on fait souvent l’erreur,
On n’y voit pas d’inconvénient, rien que des avantages
Et on ne comprend pas pourquoi ils ont assez de la leur.
Si vous voulez mon avis , nous ne serons jamais sages.
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14.03.2008
LE MERLE ET LA PIE
Mon cœur gros comme un noyau n’est pas léger,
Les pommiers déjà fleurissent dans le verger ;
Je sais qu’à votre vice la volonté succombe
Et il se peut que vous creusiez votre tombe.
Soupira la pie, s’adressant à son compagnon
Qui maintes fois lui en avait demandé pardon.
- Je suis friand de pommes fermentées, dit le merle
L’ivresse, c’est un peu comme le vent qui déferle,
Celui du large car la campagne déjà m’étouffe.
Las de cette vie de merle, malgré moi je pouffe
Parce que vous êtes attirée par tout ce qui brille,
Le nid n’est plus que ce fatras de pacotille !
Faites taire les rossignols, le temps des cerises,
Le merle chanteur, qui a inventé ces sottises ?
Hélas on a tous cru que la vie allait être rose
Et que de bonheur, on pouvait mourir d’overdose.
- On ne le voyait pas comme ça, je vous l’accorde,
L’avenir déçoit, dit la pie sur un ton monocorde.
Mais pourtant il faut savoir qu’un grand bonheur,
Hélas, peut être, tout aussi dévastateur
Qu’une pluie diluvienne, la mousson.
Il faut juste savourer chaque nouvelle saison
De la nature si cruelle sans être rancunière,
Car fatalement un jour, elle sera la dernière.
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12.03.2008
LE CHAMEAU ET LE BEDOUIN

(Peinture Yvette Peck)
Le bédouin s’impatiente : Avance, chameau !
Avance, ou je ne donne pas cher de ta peau,
S’acharnant sur la pauvre bête à deux bosses.
- Je refuse que plus longtemps tu ne me rosses !
Si je suis si fatigué, au flanc de cette dune,
A profiter de ce magnifique clair de lune,
C’est que je t’ai fait traverser le désert.
Tu le verrais, si tu avais un œil ouvert
Au lieu de t’époumoner les paupières closes,
Ta fureur se nourrit de si peu de choses.
Le paysan fait bien confiance à son cheval
Qui le ramène chez lui à travers le val !
Vraiment, je préfèrerais que tu sois ivre mort
Mais tu dépenses cette énergie à avoir tort.
Va maintenant te prélasser sous un palmier
Et conte tes histoires de grand aventurier.
L’homme se glorifie aux dépens d’autrui,
La dure besogne, il ne la veut pas pour lui.
Mais pour ceux qui sont réduits en esclavage,
Il n’existe pas d’oasis fait à leur image.
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